Questionnement de Société

EN PDF : Le bilan de voyage en Nouvelle Zélande et questionnement de société

Le Puna Reo s’est rendu en Nouvelle Zélande, et y a vécu une expérience culturelle forte. Ce voyage s’est effectué suite à l’invitation de Papa Te Ariki Morehu, rangatira du clan maori Te Arawa, de la région de Rotorua, fier de plus de 50 000 maori. Des dizaines de crèches, d’écoles primaires, secondaires et universités se sont cotisées pour nous faire vivre des moments extraordinaires, et nous avons rencontrés certains de leur dirigeants administratifs et culturels.<

Le Puna Reo s’est vu montrer une culture Maori bien vivante, respectueuse de son passé, ancrée dans la modernité, avec des projets de société, des réalisations économiques, sociales, et surtout une projection dans le futur des jeunes Maoris sortant d’un système éducatif avec les outils pour affronter le monde moderne, et le désir d’être acteurs et moteurs de leur société néo zélandaise.

Ce dossier présente cette expérience, les questionnements identitaires qui en découlent, et se veut témoignage d’une réussite Maori en matière d’éducation, ainsi que de leur mise à disposition d’outils et savoir-faire pédagogiques. Saurons nous accepter leurs offres ?

A – Bilan du voyage d’Avril 2011

 

Lors de notre voyage, il nous a été donné d’apprécier les réalisations magnifiques des Maoris, un véritable succès éducatif, social, culturel et économique, une réussite exemplaire à l’échelle du Pacifique.

1. Une éducation maori

Ce voyage du Puna Reo l’a mis en contact avec de nombreuses écoles en immersion linguistique totale de tous niveaux, depuis la maternelle jusqu’à l’université et la formation pour adultes et même un enseignement de la langue diffusé par radio. Loin d’être marginalisées, ces écoles regroupant des dizaines de milliers d’élèves sont financées en grande partie par le système éducatif national, et bénéficient d’infrastructures très modernes.

 

L’éducation maori fait preuve d’une grande implication émotionnelle de la part de ses éducateurs, qui sont soigneusement sélectionnés sur des critères humains autant que de compétences. Les diplômes ne font pas tout, chaque professeur doit être approuvé par un comité des sages sur sa capacité dans la culture. Parallèlement, un dossier scolaire suit le parcours de l’enfant depuis la crèche, permettant aux différents instructeurs de mieux comprendre l’enfant, et de s’y adapter. L’éducation maorie, se fondant sur sa culture et ses principes, utilisent aujourd’hui les moyens modernes mis à sa disposition, tels les livres électroniques ou la vidéoconférence.

 

Pour preuve de l’efficacité de son éducation, le cursus scolaire des Kohanga Reo, crèches en immersion linguistique maori a été repris pour l’éducation officielle en anglais. Ce cursus favorise grandement la créativité des enfants, en utilisant le plus possible des éléments trouvés dans la nature, favorisant la simplicité et l’intelligence pratique. Cette simplicité se retrouve également dans les locaux adaptés aux besoins de l’éducation des enfants.

 

Chaque Kohanga Reo, malgré l’accès à tous les documents et supports éducatifs du cursus, reste maître de son enseignement, adapté à sa culture propre, qui sera lié à sa tribu ou à son histoire familiale.

 

L’apprentissage de la langue pour les adultes est très détendu, avec des pauses tous les quarts d’heure, un environnement ludique, des chants et des gestes, pour un résultat surprenant, une motivation qui dure et des étudiants qui progressent au fil des mois et années.


2. Une vision culturelle

Dans tous les aspects de la vie maori, la culture sert de base, avec des protocoles respectés et codifiés pour de nombreux événements, protocoles ayant été recherchés et faisant l’objet de consensus.

L’individu se définit avant tout par sa généalogie, celle de sa tribu, de sa famille et la connaissance de sa terre et des éléments qui la compose.

Une prière est toujours de rigueur, dégagée de notion de religion, recentrant l’individu dans un contexte plus global, le bien de son environnement, le bien de tous, etc.

Pour tout projet de société, l’importance d’un comité des anciens est reconnu, et malgré leurs diplômes, les jeunes sont respectueux de leurs avis.

Traditionnellement, les problèmes se résolvent non au tribunal, mais en s’enfermant dans le Fare Nui du marae, sans pouvoir en sortir avant qu’une solution n’ait été adoptée à l’unanimité.

 

3. Une réussite sociale

Il y a trente ans, toutes les statistiques concernant les maoris étaient les pires de la population de Nouvelle-Zélande, au niveau de l’éducation, de la santé, de la délinquance. Depuis, à travers de nombreux programmes éducatifs et sociaux initiés par des organismes éducatifs maori, ces statistiques ont évolué et attestent de la réussite de l’enseignement en immersion linguistique, une réussite reconnue par le gouvernement et au niveau du Pacifique entier.

Les enfants, puis les adolescents issus de ce système sont équilibrés et sûrs d’eux, avec une perspective d’avenir et des rêves personnels. Beaucoup se dirigent vers des carrières d’avocats, certains sont juges, et les métiers de la communication sont recherchés, afin de pouvoir se faire entendre.

Beaucoup de parents, après avoir aidé les Kohanga Reo, ont eux-mêmes renforcés leur langue et identité, à travers des cours en reo maori, des formations sur la gestion, l’éducation, l’informatique. Revalorisés par ses connaissances, ayant repris confiance en eux, beaucoup se sont retrouvés entrepreneurs.

Lorsque des biens maoris font l’objet d’une gestion communautaire, gérés ou loués à des sociétés extérieures, un comité superviseur existe pour veiller à la bonne gestion de ses biens. Souvent, les bénéfices sont réinvestis pour des projets communs, telles aides aux seniors et bourses pour étudiants.

Dans la notion de possession de terres par la communauté, la vente en est interdite, même si des échanges sont possibles avec d’autres entités maori.

4. Un accomplissement économique

Lors de nos déplacements, nous avons visité un certain nombre de lieux touristiques, gérés par les communautés, ou appartenant à des maori, telles les grottes de Waitomo, le centre culturel Te Puia ou un lieu de spectacle culturel comme Mitai Village. Bien souvent, la gestion a été récupérée après une lutte pour les droits traditionnels, ou font l’objet de conventions avec le gouvernement.

Nous avons été particulièrement impressionnés par le modèle de gestion forestière et agricole, où les communautés maoris louent leur terres, tout en ayant un comité superviseur élu par les ayant-droits maori.

Ce comité peut décider de suspendre le contrat de location si la gestion n’est pas assez performante. Egalement, les membres du comité font l’objet de réélection, ou non, en fonction de leur travail.

Il y a une vraie culture d’entreprise pour de nombreuses familles, qui ne dépendent pas du savoir faire de gens extérieurs.

Autant que faire se peut, la mise en valeur du patrimoine provoque des dividendes pour les familles et la communauté, contrairement à ce que l’on peut voir ici ou des propriétaires sont dépossédés légalement de leurs droits.

Une réussite due aux luttes des maori pour faire valoir leurs droits, s’appuyant en grande parti sur les interprétations du traité Waitangi, luttes de plus en plus effectives grâce en particulier au nombre croissant d’avocats maori qui épousent leurs causes.

En particulier, nous sommes arrivés le lendemain de la signature par Papa Te Ariki de la reconnaissance par le gouvernement des droits de sa tribu sur les côtes de leur région, une victoire réalisée après 19 ans de lutte, un grand moment de joie et de fierté, bien que beaucoup reste à faire.

B – Identité Culturelle maori et maohi

 

Selon la définition de l’ONU « Dans son sens le plus large, la culture peut aujourd’hui être considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. »

1. Identité culturelle

Papa Te Ariki Morehu, tout juste honoré Companion de l’Ordre du Mérite de la Nouvelle Zélande pour ses accomplissements, ayant travaillé pendants des années pour sa culture, en particulier comme membre du conseil d’administration des centaines de Kohanga Reo, nous mentionnait sa fierté et son plaisir à entendre les enfants parler en reo maori, heureux de voir comment cette éducation maori produisait de beaux maori.

Nous mêmes, ici à Tahiti, que pensons nous de notre éducation, au vu du nombre d’enfants qui en ressortent inadaptés socialement ? Voulons nous un programme social et éducatif pour la réussite des Polynésiens ? Si les dirigeants de notre pays voulaient produire de beaux maohi, il faudrait alors se donner les moyens d’une éducation maohi, moderne et ouverte sur le monde.

Notre identité polynésienne est faite de métissage ethniques, nous le reconnaissons comme une richesse et ne désirons rejeter personne. Mais sur cette terre Maohi, la culture vient de nos tupuna, ancrée dans Moana Nui A Hiva, et chaque parent devrait pouvoir être fier comme eux de sa culture. Il devrait être à même de pouvoir faire ses choix éducatifs, entre une éducation à la française telle que nous la connaissons aujourd’hui, ou une éducation véhiculant les valeurs maohi de vie sociale, de tolérance, de respect de l’autre et de la nature, qui a fait de nous ce peuple hospitalier reconnu dans le monde entier.

2. Un questionnement de société

Dans le but de mettre en place une éducation maohi, certaines questions doivent être adressées, par les politiques, les élus, les organismes du gouvernement, ainsi que par des juristes, des linguistes, des sociologues, des chercheurs, des éducateurs et des individus impliqués à la culture. Par exemple :
– Quelles sont les vraies prérogatives du Pays en matière d’éducation ?
– Comment mieux s’affirmer face à l’Education Nationale ?
– Comprendre le cadre légal du statut d’autonomie interne en rapport avec l’éducation
– Comprendre les traités d’annexions dans les deux langues et leurs implications.
– Comment faire regagner au reo tahiti son statut de langue officielle, perdu en 1984 ?
– Comment bénéficier des grandes avancées réalisées dans le monde entier par les populations autochtones ?
– Comment faire accepter la création de crèches et classes en immersion linguistique totale ?

3. Proposition des Maori et du Puna Reo

Lors de rencontres avec des dirigeants éducatifs maori des filières immersives, de la crèche à l’université, en particulier de Titoki Black, directrice générale des Kohanga Reo, nous avons reçu un certain nombre de propositions d’aide et de soutien. Nous considérant culturellement comme leurs frères aînés, d’où sont parties les pirogues de leurs ancêtres, ils sont prêts à mettre leurs expériences à disposition, en donnant accès à leurs méthodes de gestion, leur cursus éducatifs et leurs documents de travail, à permettre la venue de personnes pour étudier leurs systèmes, voire même d’envoyer une délégation d’éducateurs à Tahiti pour pouvoir faire connaître leurs façons de faire et d’être.

Le Puna Reo, revenu au fenua, se fait donc porte parole de ces offres sérieuses, et se propose de faire le relais des volontés locales désirant étudier le système maori et participer au développement de l’apprentissage de la langue sur le fenua, que ce soit pour les enfants, ou les adultes, quitte ensuite à continuer de son côté le travail qu’il jugera utile en fonction de ses capacités.

Le projet du Puna Reo, reconnu par les maori, est tout d’abord de monter une crèche en immersion linguistique totale, tout en préparant une intégration en immersion au niveau de la maternelle. Ce projet culturel d’éducation, dégagé de toute couleur politique, a donc la possibilité de fleurir dans toutes les communes qui le désirent en fonction des volontés qui se seront manifestées.

Ce projet est pour nous la réponse aux nombreuses questions de nos dirigeants politiques se lamentant devant l’incapacité des jeunes à parler le reo maohi, et leur manque de culture. Nous sommes persuadés qu’il s’agit là d’une solution à l’échec scolaire et social, et l’expérience des maoris, ainsi que certaines familles polynésiennes locales­, nous le prouve. Si vous-même pensez au bien fondé de notre projet de société, agissez donc, et apportez nous vos aides, soutiens et réflexions, en nous contactant sur notre site web www.punareo.pf.

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